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jd the dj
93 ans
Brighton
C'est la beauté et la traîtrise éternelles de la pop-music : cette impossibilité de savoir qui se cache derrière les sourires, ce que Phil Spector a vraiment apporté à ses girl-bands, ce que Beyoncé doit à ses producteurs, ce que serait Dionne Warwick sans Burt Bacharach ou, plus récemment, MIA sans Diplo. Et vous savez quoi ? Ce n'est pas grave, car l'un a fatalemnt besoin de l'autre, dans ce jeu de faux-semblants où tout le monde manipule tout le monde. Et l'on ferme tendrement les yeux, pourvu que la chanson soit là, imparable, pétulante, dissipée – pop.
Je me réveillera ainsi sans doute demain en découvrant que le groupe Jukebox Club, en tête ce soir de ma playlist, n'est qu'une supercherie monté par deux vieux briscards velus (peut-être même des rescapés de la scène alterno), que les deux adolescentes qui posent sur leur page CQFD avec insolence ont été dénichées sur un site porno-soft albanais. Que tout ceci n'est qu'une bonne pochade post-moderne construite sur du sable, du culot, un riff et de l'ironie. Je savais déjà tout ça des Spice Girls, ça ne m'a jamais empêché d'avoir beaucoup de tendresse pour leur cheesy mais émouvant 'Wannabe'. Et personne ne pourra, pas même deux gros poilus, m'empêcher de passer la soirée avec 'It Girls'.
Posté le Mercredi 23 Janvier 2008, 00:29/ lu : 125 fois / commentaires : 5
Le prochain qui me demande quand je reviens vivre en France, je lui répondrai, calmement, que je veux bien revenir en France, mais pas en 1974, pas sous un régime qui empeste la CX présidentielle, les émissions Marytie & Gilbert Carpentier et les gags de Garcimore. Pas dans un pays condamné qui offre à Carlos des hommages sidérants, ceux que n'ont pas eu Jean-François Bizot ou Christian Bourgois. On ne nivelle plus par le bas, mais par le sous. Comme disait Murat : suicidez-vous, le peuple est mort.
Posté le Vendredi 18 Janvier 2008, 16:42/ lu : 118 fois / commentaires : 8
J’habitais Newcastle, dans le grand Nord anglais, quand démarra les Inrocks, il y a plus de 20 ans, me transformant de facto “correspondant en Angleterre”. Je me souviens mon appréhension en entrant alors dans les magasins de disques spécialisés de la ville, toujours convaincu d’être pris en flagrant délit d’imposture, intimidé par le savoir et l’aplomb des vendeurs, terrifié à l’idée de demander le disque qui, pour le reste du séjour, allait causer railleries et quolibets à chaque visite. C’est le même système un peu facho, poilant et régressif qui fait les meilleurs sketches des Guignols de l’Info : un jour, par exemple, Johnny Hallyday dit “ah que” pour de vrai et pendant vingt ans, il ne dira plus que ça dans ce monstrueux miroir grossissant qu’est l’humour à répétition. A Liverpool, quand j’étais plus jeune, les vendeurs de Probe avaient ainsi trouvé un gag récurrent : se moquer de ma prononciation des Smiths. “Smiffffffs”, sifflaient-ils quand j’entrais dans la boutique. C’était un rituel immuable, couillon et assez tendre. A Newcastle, rien de tout ça : j’étais “correspondant en Angleterre” et malgré une suspicion légitime du staff, on ne sortait pas systématiquement la grosse vanneuse – il faut dire que sur l’échelle du sarcasme vachard, le Geordie de Newcastle est un mou du genou comparé au Scally de Liverpool.
Etonnament, surtout comparé aux autres grandes villes du Nord, Newcastle n’avait pas beaucoup de groupes à offrir – ça donne du bromure à l’arrogance. Prefab Sprout était déjà un groupe pour quadra, Maximo Park était en langes. C’est une étrange constante d’ailleurs : essayez de citer vos cinq groupes préférés de Newcastle. Pourtant, dans ce lointain Nord-Est, la passion semblait chevillée au corps, avec un public curieux, connaisseur et fervent.
Ça n’a pas changé, ça s’est même institutionnalisé avec l’ouverture récente du SAGE, un outil unique en son genre, sorte de limace de métal et de verre paresseusement allongée sur un coteau à flanc de rivière, à deux pas du Baltic, le merveilleux centre d’art contemporain. Le SAGE – “centre international de musique et de découverte” –, créé par l’architecte Foster, fête ainsi tous les jours de l’année la musique, offrant des rencontres, des résidences, des cours, des concerts, des studios de répétition : on peut y voir aussi bien Bat For Lashes ou Calexico que le London Symphonic Orchestra ou Dionne Warwick. C’est dans ce genre de salle, où la musique et le public sont traités avec respect et minutie, que se dessinent les enthousiasmes de demain, les vocations et désirs de musique. Il suffit de voir, sur ce site, le nombre de groupe venus d’Auvergne pour mesurer l’impact fondamental qu’au eu une salle comme la Coopérative de Mai de Clermont-Ferrand, avec sa programmation têtue et sans répit, sur la jeunesse locale : tous les jeunes groupes rencontrés là-bas évoquent un concert marquant de la Coopé comme acte fondateur, comme moment précis où ils ont franchi le pas entre fan et musicien. Faites pression sur vos élus locaux : nous méritons tous un SAGE, une Coopé.
Posté le Mercredi 31 Octobre 2007, 10:01/ lu : 94 fois / commentaires : 3
























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